Aujourd’hui, la journée ne s’annonce pas bien. Je n’ai fait aucune bonne affaire.
Par groupes de plus de dix, on les voit faire des largesses. Elles nous répondent parfois même avec des coups de pied. Elles ont peur de nous, et je les comprends. Elles ne se sentent pas du tout rassurées quand elles se voient assiégées par ces moins que rien que nous sommes : des enfants sans scrupules ni éducation.
Quand l’une d’elles demande nos services, généralement, elle ne paie pas bien. C’est la loi de l’offre et de la demande.
L’offre ! L’offre de notre énergie est plus forte que la demande ; de surcroît, les prix tombent. Plus aucune femme n’a pitié de nous.
Et puis, nous avons des rivaux très dangereux : les grands, les pousse-pousse. Leur sort ne m’intéresse pas ; les charognards ne versent jamais de larmes sur la dépouille d’une hyène.
Ce qui m’inquiète, c’est que notre métier, déjà lunatique, nous abandonne complètement. Nous sommes déjà obligés de vivre de rapine, de répondre aux coups tordus des ménagères par des rapts de sacs à main. Il faut bien que l’on vive.
Le métier commence à devenir très dur. La police s’en mêle et nous traque comme de vrais brigands.
Kitia Touré, extrait de « Destins parallèles », Éditions NEI, Abidjan, 1995, page 69.
Français CAFOP IA - Session 2007
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