Les miradors tenaient une place importante dans mes séjours à Tindican. On rencontrait partout ces planchers montés sur des piquets fourchus, comme portés par le flot montant des moissons.
Avec mes petits camarades, j’escaladais l’échelle qui y conduisait, et nous chassions à la fronde les oiseaux, parfois les singes, qui venaient piller les champs.
Tout au moins était-ce là notre mission, et nous l’accomplissions sans rechigner, bien plus par plaisir que par obligation. Mais il arrivait aussi que, pris par d’autres jeux, nous oubliions pourquoi nous étions là.
Et sinon pour moi, pour mes petits camarades tout au moins, cela ne se passait pas sans inconvénient. Les parents ne tardaient guère à s’apercevoir que le champ n’avait pas été surveillé, et alors, selon la grandeur du dégât, c’était ou une gronderie bruyante ou le martinet qui rappelait à la vigilance les guetteurs distraits.
Ainsi, quand bien même nous nous faisions des confidences passionnantes que les oreilles des grandes personnes ne devaient pas entendre, nous tenions néanmoins un œil sur la moisson.
De surplus, nos cris et nos chants suffisaient généralement à éloigner les oiseaux, même les mange-mil qui s’abattaient par bandes compactes.
Camara Laye, L’Enfant noir, Éditions Pion, Paris, 1953.
Français CAFOP IA - Session 2003
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